Pierre Mendès-France, une certaine idée de l’Europe…

de Gaulle Mendès

Dénoncer la construction d’une Europe basée sur le libéralisme et une direction technocratique vous fait hélas rapidement classer comme « anti-européen » et donc « d’extrême droite » puisque le FN est anti-européen. La déduction rapide fondée sur un manque total de réflexion (ou de cerveau) conduit en effet à ce genre de cliché !

 Dans ce cadre, je vous invite donc à étudier le cas particulier d’un dénommé Pierre MENDES-FRANCE, homme de centre gauche, modèle pour plus d’une personne aussi bien à gauche qu’au centre, Pierre MENDES-FRANCE a participé au rejet de la Communauté Européenne de Défense et s’est opposé au traité de Rome en 1957 votant contre celui-ci, 2 actions qui d’après les mentalités de certains l’auraient probablement classé de nos jours comme « anti-européen » donc « d’extrême droite ».

Voici ci-dessous le discours prophétique de Pierre MENDES-FRANCE à l’assemblée Nationale, puis un extrait du livre « choisir » où Pierre MENDES-FRANCE explique sa vision de l’Europe.

 « Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XXème siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

 

Pierre MENDES FRANCE – Discours prononcé à l’Assemblée Nationale, le 18 janvier 1957

« Une autre de leurs aberrations – de nos gouvernants – a consisté, sous la IVème comme sous la Vème République, à entreprendre une Europe libérale, fondée sur la seule concurrence. On a aboli les frontières douanières, les producteurs ont été appelés à s’affronter dans une sorte de compétition aveugle ;  » le meilleur l’emportera sur les autres au profit des consommateurs » ; nous connaissons ce vieux thème, la sélection naturelle, la productivité globale, etc. C’est un raisonnement digne du vieux Zollverein d’il y a cent ans. Les faits, au XXème siècle, sont différents ; les grandes entreprises, loin de s’affronter, se sont concertées et cartellisées, au détriment des consommateurs et des travailleurs. Ce qu’on a appelé l’Europe des trusts. Bien entendu, on n’a pas pu ne pas prévoir dans le traité de Rome, en 1956, quelques clauses d’exception, de sauvegarde. On a aussi affirmé quelques idées générales qui n’étaient pas purement libre-échangistes, par exemple, en matière agricole. Mais la philosophie de l’ensemble, c’était celle de la suppression des frontières, des vases communicants, celle du marché libéral dont on attendait l’unité et la prospérité.

J’avais une conception plus constructive que j’avais étudiée dès 1944, à Alger, comme je vous l’ai raconté. J’aurais préféré voir créer des unités de production communes puissantes dans les domaines situés en aval : trains de laminoir, industries atomiques, recherche, énergie…Je pensais à une politique collective et active de la reconstruction et des investissements. Il y aurait eu ainsi un ciment d’interdépendance et d’unification de plus en plus fort avec le temps. Je continue à croire à la valeur d’une approche de ce genre. Un grand programme d’investissements arrêté en commun pour les branches essentielles assurerait, en peu d’années, une diminution substantielle de nos faiblesses structurelles (le cas le plus net, c’est celui des centrales nucléaires qui donnent lieu aux contradictions que vous connaissez). Aujourd’hui, les grandes entreprises, et d’abord les sociétés multinationales, se développent au gré de leurs propres plans et ne contribuent pas du tout à nous défendre mieux contre les pressions et les à-coups du dehors, au contraire. »

Extrait du livre « Choisir » de Pierre MENDES FRANCE, conversations avec jean Bothorel, le 8 janvier 1974

Voila donc une certaine vérité rétablie, qui oserait prétendre que Pierre MENDES-FRANCE était anti-européen ? L’Europe peut en effet se construire de 2 façons: celle d’aujourd’hui basée sur le libéralisme, l’argent roi, la loi du marché détruisant ainsi nos emplois et nos services publics ou une Europe confédérale qui, elle, serait basée sur la solidarité renforcée des peuples et des nations.

  Pierre MENDES-FRANCE avait choisi, nous aussi, et nous le rejoignons également sur sa vision dont l’Europe doit se construire !!!

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